Description de Sancerre de Léopold Bonnin : Histoire de l’Ancien cimetière et son transfert


Histoire de l’Ancien cimetière et son transfert ( Présent dans )(1)

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Ainsi qu’on l’a vu à l’article de la Place de la Porte César , l’ancien Cimetière était clos {Bonnin page : 340} du côté du levant par un mur allant du coin de la cour du Sieur Duriez et la Rue Fangeuse au coin de la maison Danjou , et la porte d’entrée se trouvait proche l’extrémité de la rue Fangeuse en face le passage conduisant aux communs du Château. (3)

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Il était divisé en deux parties distinctes, affectées, l’une aux catholiques contenant seize ares vingt centiares et l’autre aux protestants contenant trois ares. Dans le coin nord-est de celle-ci se trouvait un petit bâtiment détruit en 1867, ayant ses ouvertures sur la Place de la Porte César et ayant servi longtemps de bureau d’octroi . Le plan ci-dessous indiquera mieux que je ne saurais le faire la disposition intérieure du cimetière. La portion affectée aux habitants appartenant au culte réformé ne leur fut attribuée qu’à la révolution. Elle faisait auparavant partie du cimetière catholique. (5)

La croix en bois placée dans la portion laissée aux catholiques romains se trouvait presque en face la porte d’entrée et à environ dix à douze mètres du mûr de façade. Elle était fixée sur un pan de mûr coupant la cimetière du levant au couchant et qui issu sans aucun doute le mûr du fond de l’Église du Prieuré de Saint Martin . Le sol, en arrière de ce mûr était en contre bas d’au moins un mètre. {Bonnin page : 341} (6)

Ce cimetière était très mal entretenu, aucune allée n’y était tracés, si ce n’est un petit sentier de cinquante centimètres de largeur séparant la partie catholique et celle protestante, qui prenait naissance à la porte d’entrée et qui est indiqué au plan ci-contre. Les inhumations s’y faisaient sans aucun ordre et pêle-mêle, au gré du fossoyeur qui, moyennant rétribution, passait souvent par dessus trois ou quatre fosses pour ne pas déjauger les restes mortels de telle ou telle personne. A certains endroits, les cercueils étaient déposés sur le dallage même de l’Église Saint Martin qu’on retrouvait à environ deux mètres de profondeur. Le cimetière qui était déjà trop restreint (les habitants de Chavignol y étaient alors inhumés) ne suffisait pour ainsi dire plus et les corps y étaient relevés tout les quatre ou cinq ans. (7)

Dès 1810, déjà, et sur les plaintes réitérées de Monsieur Danjou , Président du tribunal , l’administration supérieure s’était occupée du projet de translation du Cimetière de la Porte César , avait nommé des experts pour s’éclairer sur la valeur des réclamations qui lui étaient soumises et pour désigner les emplacements sur lesquels on pourrait établir le nouveau champ de repos. Ces experts qui étaient Messieurs Moreau et Baudouin , médecins à Cosne (Cosne sur Loire), s’étaient prononcés dans le sens de la suppression du Cimetière de la Porte César et l’établissement du nouveau dans les vignes de la cave, justement à l’endroit où se trouve le cimetière actuel. L’administration communale peu soucieuse de changer le cimetière qu’elle avait toujours vu en cet endroit et qui, à part son exiguïté, était ou ne peut plus commode pour les ministres des deux cultes et la population elle même, recula devant cette mesure, que commandait pourtant d’une manière impérieuse le respect dû aux morts, jusqu’en 1858. Ce fut à cette époque seulement que la translation dans les vignes de la cave fut décidée. Les différentes formalités à accomplir pour faire autoriser la ville à acquérir les terrains nécessaires, à emprunter les sommes de vingt mille francs pour faire face à la dépense, traînèrent cette affaire jusqu’au 4 décembre 1860, jour auquel Monsieur le Préfet du Cher prononça l’interdiction du Cimetière de la Porte César et l’ouverture du nouveau Cimetière de Saint Ladre . (8)

De cette époque jusqu’au 1erfévrier 1867, les exhumations particulières se firent presque journellement sous la surveillance de l’autorité, dans l’ancien Cimetière de la Porte César . Les restes exhumés étaient déportés dans celui de la cave ou de Saint Ladre ou bien emmenés au village de Chavignol qui venait d’être érigé en paroisse et doté d’un cimetière particulier. Ces travaux se firent avec le plus grand recueillement et de la manière la plus touchante. (9)

Les restes mortels de Monsieur le Curé Bourgeois furent exhumés le 28 janvier 1861, par les soins de Monsieur Pény , son successeur. Quelques débris des ornement sacerdotaux dont il avait été revêtu avant son inhumation et quelques ossements, furent tout ce qu’on retrouve de ce zélé pasteur qui avait {Bonnin page : 342} évangélisé la paroisse de Sancerre pendant plus de trente ans. Ces restes furent précédemment recueillis et renfermés dans un cercueil en chêne. Les fidèles avaient été invités à rendre un dernier hommage à leur vieux curé et à le conduire au nouveau cimetière. Tous tinrent à honneur d’assister à cette touchante cérémonie à laquelle se rendirent bon nombre de protestants qui avaient gardé le souvenir du bon Curé Bourgeois . Le cercueil fut conduit du Cimetière de la Porte César à l’Église par un nombreux clergé accouru de toutes les paroisses voisines et par la population tout entière, en tête de laquelle se trouvaient le Maire et les adjoints ainsi que la majeure partie des conseillers municipaux. Il était parlé par six des anciens enfants de chœur du défunt, tous hommes ayant alors de 40 à 60 ans, revêtus de soutanes noires et d’aubes blanches. Après l’office des morts et une touchante allocution de Monsieur le Curé Pény , les restes du vénéré Monsieur Bourgeois furent descendus au Cimetière Saint Ladre et inhumés au pied de la Croix monumentale qui en occupe le centre et à l’exposition du couchant. (10)

Huit jours après, c’est à dire le 9 février 1867, le conseil municipal, prenant en considération les vœux souvent exprimés par la population, décida que la translation générale des restes des défunts inhumés dans le Cimetière de la Porte César aurait lieu aux frais de la commune et vota pour subvenir à cette dépense la somme de trois cents francs, qui avec cent trente francs qui se trouvaient déjà disponibles, formait celle de 430 francs, qui permettait de commander immédiatement les travaux. Monsieur le Maire Sifflet fut en même temps chargé de s’entendre avec le Conseil de Fabrique (Conseil de fabrique de la paroisse de Notre Dame de Sancerre) et de déterminer s’il était possible, cette assemblée à concourir à l’œuvre projetée par un vote de fond. Cette proportion fut agréée avec empressement. La Fabrique (Conseil de fabrique de la paroisse de Notre Dame de Sancerre) s’engagea à fournir les cercueils nécessaires et à faire à ses frais toutes les dépenses du culte. (11)

Du 15 février au 15 mars, les fouilles furent faites sous la surveillance de conseillers municipaux délégués à cet effet par des escouades d’ouvriers au nombre desquels étaient les Sieurs Louis Lesimple dit « Sabot », maçon et actuellement agent de police , Pierre Maupas dit « Babet », Jean Lognon dit « le Noir », Philippe Chevreau dit « La Fagone », Louis Thomas dit « Capiton », François Roblin dit « le Py » et Pierre Perrault dit « Guignolet ». Un grand nombre de voitures recueillait les ossements et les transportait jusque dans d’immenses cercueils qui, étaient refermés, aussitôt remplis. (12)

Les 1er cercueils furent conduis à l’église au milieu de toute la population, puis descendus au Cimetière de Saint Ladre où ils furent vidés dans une immense fosse creusée en face de la croix, le long du mûr séparatif d’avec le chemin dit « de la Mignonne ». Les autres convois furent conduits directement au cimetière, sauf le dernier qui comme le premier passa par l’église paroissiale où eut lieu un service auquel toute la population catholique assista, ainsi par la municipalité. La croix de l’ancien cimetière fut enlevée avec les plus grandes précautions {Bonnin page : 343} et fut portée en avant des cercueils, pendant cette dernière cérémonie, sur les épaules des ouvriers sur nommés, puis couchée sur les cercueils, le pied à l’exposition du levant et enfin recouverte de terre. (13)

Les ossements provenant du Cimetière Protestant furent également recueillis dans des cercueils et ré-inhumées dans le nouveau cimetière, au fond, proche le mûr et le chemin de la Mignonne, mais sans aucune cérémonie. (14)

Les fouilles, bien que surveillées par des personnes dévouées et sérieuses ne furent pas faites avec toute l’attention désirable. Il est certain que les corps déposés le long du mûr du fond, au couchant, n’ont pas été relevée, non plus que ceux placés proche le mûr de façade et ceux se trouvait dans une bande large de plusieurs mètres, située au milieu du cimetière et sur laquelle les travailleurs avaient rejeté leurs terres. Cette omission est fait regrettable à tous les points de vue et je connais beaucoup de personnes de la ville dont les parents ont été inhumés aux endroits sus désignés, qui les jour de foires où les baladins font le tapage sur l’emplacement de l’ancien cimetière, n’osent s’y rendre, tous elles sont attristées par ce spectacle et les souvenirs de ceux qu’ils sont perdues et dont les cendres sont ainsi foulées aux pieds. (15)

Au cours des travaux (à quatre mètres au mûrs au dessous du sol actuel qui a été remblayé de près de deux mètres après les fouilles) les ouvriers trouvèrent au fond d’une tranchée ouverte à huit mètres ou à peu près du magasin Mouillon , une rangée de dalles de 80 centimètres de largeur et s’étendant de l’ouest à l’est. Au son que rendaient ces dalles en les frappant, ils jugèrent qu’elles devaient recouvrir une excavation quelconque. Ils levèrent quelques unes de ces dalles et mirent à découvert une sorte de caveau large et profond d’environ un mètre au fond duquel se trouvaient des squelettes d’hommes alignés les uns au bout des autres. Ces ossements devaient appartenir aux Religieux Bénédictins qui occupèrent anciennement le Prieuré de Saint Martin et se trouvaient très probablement inhumés dans la partie inférieure de l’Église dont le sol était à peu de chose près, au niveau de l’impasse et dont l’entrée se trouvait sur cette voie publique. (16)

Le mûr de façade du Cimetière de la Porte César fut abattu immédiatement après les fouilles et ses débris servirent à niveler cet emplacement, concurremment avec les gravas provenant des travaux faits en ville et qui furent déposés en cet endroit en exécution d’un arrêté municipal. (17)

L’emplacement de l’ancien cimetière était autrefois occupé par les bâtiments et l’Église du Prieuré de Saint Martin . (18)

L’origine de ce Prieuré n’est pas connue : on sait seulement qu’au XI siècle une communauté de dix moines bénédictins s’y trouvait établie depuis longtemps déjà. Cette communauté dépendait de l’Abbaye de Fleury (Saint Benoît sur Loire ) dans la paroisse de laquelle elle était désignée sous le nom de Prieuré de Sancerre ou « Prioratus de Sancto Cesare  ». Dans une bulle {Bonnin page : 344} du Pape Luce III de l’an 1184, ce prieuré est appelé « Ecclesia Sancti Martini de Sacro Cesaris  ». (19)

Ce prieuré, d’après une note laissée par Monsieur Gaucher , ancien Curé de Neuvy sur Loire , originaire de la ville de Sancerre, possédait dans l’étendue de cette dernière paroisse : (20)

1er : Une dîme en blé affermée (affermer) quatorze livres 14 (21)

2ème : Une dîme de vin affermée (affermer) trois cents livres 300 (22)

3ème : Une dîme de blé et de vin à Chavignol , (23)

paroisse dudit Sancerre, affermée (affermer) cent trente cinq livres 135 (24)

4ème : Environ cinquante six hommes de vigne, dont l’évaluation (25)

annuelle se faisait sur le pied de vingt sols par homme 56 (26)

La totalité du revenu du Prieuré de Saint Martin dans l’étendu (27)

de la paroisse de Sancerre, montant donc à cinq cent cinq livres 505 (28)

A quoi il faut ajouter trois livres de rente dus par les Augustins de Sancerre 3 (29)

Total général, cinq cent huit livres 508 (30)

D’après le bail consenti le 17 août 1698, devant Maître Préponier (François Préponnier), notaire à Sancerre par Dom Nicolas Jehande , Religieux du Monastère de Bonne Nouvelle d’Orléans (Ordre de Saint Benoît ) à Silvain Laurent , procureur à Sancerre, les revenus de l’ancien prieuré de Saint Martin , se comparaient à cette époque de : (31)

1erDîmes en vin, blé et autres graines à Sancerre, Saint Satur , Chavignol et Bué , (32)

2ème des pré et terre de Saint Martin, proche Saint Thibault , (33)

3ème du domaine et métairie des Bordes, paroisse de Groises , broussailles, vignes et dîmes en dépendant, (34)

4ème d’un pressoir à roue où étaient quatre caves, sis à Sancerre proche l’ancienne Église de Saint Martin et jardin le joignant, (35)

5ème cinquante cinq hommes de vigne sis aux Rabaux, paroisse de Sancerre et en Flonin paroisse de Ménétréol sous Sancerre , (36)

6ème des prés et terres sis communes de Bannay et Boulleret , provenant d’échange fait avec le Comte de Sancerre , (37)

Le tout moyennant quatre cent cinquante livres et l’acquit de trois livres de route et la somme de trois livres et vingt chandelles de cire pesant ensemble une livre, à verser entre les mains du Curé d’Azy . (38)