Description de Sancerre de Léopold Bonnin : La maison Jacques Cœur la plus ancienne de la ville et ses souterrains


La maison Jacques Cœur la plus ancienne de la ville et ses souterrains ( Présent dans )(1)

La Grande Maison qui fait l'angle de la Rue de la Paix et de la Place de l’Église (Place Saint Jean) est peut être la plus ancienne de la ville. Elle relevait à titre de fief du comté de Sancerre. Elle appartient aujourd'hui au Sieur Louis Mallet , ancien boulanger , qui l'habite avec son locataire et succession Adolphe Bailly . La magnifique porte qui se trouvait au milieu de la façade principale Rue de la Paix , a été mutilée affreusement en 1842, par le Sieur Charles Mallet père du propriétaire actuel. De chaque côté et en avant s'élevaient deux colonnes torses de plus de 2 mètres de hauteur supportant le dessus de cette porte, lequel était lui même surmonté d'une croix et de deux montants délicieusement sculptée dont on aperçoit encore la partie supérieure. L'encadrement de la porte qui se trouvait un peu en arrière {Bonnin page : 94} des deux colonnes dont je viens de parler était aussi sculpté dans la largeur de la petite fenêtre qui se trouve sur la gauche. C'est à dire entre la porte actuelle et l'encoignure. Le pignon qui fait face à la Rue des Trois Piliers est énorme. Il est bordé de chaque côté par une rampe de pierre à l'extrémité inférieure de laquelle est sculpté, du côté droit la Place Saint Jean , un personnage portant sur la poitrine un large ruban de pierre sur lequel est inscrite la date de la construction de l'édifice : 1403. L'autre pignon est en grande partie caché par la maison Girardeau dont je parlerai plus loin. Comme le précédent il est bordé d'une rampe de pierre de taille et décoré à son extrémité inférieure sur la Rue de la Paix d'un autre personnage qui tient entre ses mains un verre ou gobelet de la capacité d'un litre ou à peu près et qui penche la tête comme pour absorber le contenu. (2)

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Dans l'encoignure faisant face au Carroir de Velours et à 2 mètres et demi de hauteur se trouve une niche vide dont la corniche est sculptée et qui avant la destruction des églises et des emblèmes religieux par les huguenots devait abriter une statuette de la mère de Dieu. (4)

Une tourelle qui se trouve derrière la maison et fait face à la Place Saint Jean , renferme un escalier conduisant au 1er étage et dans le grenier. Elle était surmontée d'une girouette énorme ayant à sa base des ornements en plomb aussi très volumineux qui sont tombés de vétusté en 1873, heureusement sans causer d'accident. (5)

De chaque côté de cette tourelle se trouve une belle fenêtre sculptée éclairant celle de droite une chambre occupée actuellement par Madame Veuve Ursin Boullay et celle de gauche le farinier du Sieur Bailly , locataire principal, qui était anciennement le salon de famille, à en juger par la dimension et la beauté de la pièce ainsi que par les lambeaux de vieilles tapisseries qui pendaient encore le long des murs, il y a une quarantaine d'années. La cheminée qui chauffait cette pièce a disparu ainsi que deux écussons qui l'ornaient. (6)

La porte de la cave qui ouvre au pied de cette tourelle est peut être ce qu'il y a de plus curieux dans la maison. Elle ne ferma plus du tout. Elle est vieille et disloquée et le propriétaire n'a heureusement pas eu encore l'idée de la remplacer par une autre. Elle est formée de plusieurs panneaux sur lesquels sont sculptés des quantités de fleurs de lys, de coquilles et des rosettes et elle date au moins de la construction de la maison ou de très peu de temps après. Un vieux placard trouvé par le père du propriétaire actuel dans une pièce du 1er étage et reprenait exactement les mêmes sculptures a été vendu il y a une trentaine d'années à un amateur étranger moyennant un prix insignifiant. J'insiste particulièrement sur la description de la porte de cave et du placard car ils me serviront à établir plus loin l'origine de la propriété de cette maison. (7)

Dans la pièce du bas, se trouvant immédiatement sur la gauche de la tourelle, on voit encore {Bonnin page : 95} les restes d'une magnifique cheminée en pierre. Par son encadrement et ses dimensions, elle était la représentation exacte de la grande porte d'entrée. Il y a quelques années seulement elle existait encore entière et elle excitait l'admiration de toutes les personnes qui la voyaient. Aujourd'hui, il ne reste plus que la partie inférieure, les belles colonnes cordes qui supportaient le manteau n'existent plus qu'à la hauteur de un mètre ou un mètre 20 centimètres. L'écusson en pierre qui la surmontait et sur lequel étaient sculptées trois fleurs de lys a été détruit. Cette pièce est éclairée par une très belle fenêtre aussi sculptée, aux côtés de laquelle et vers le milieu de la hauteur on aperçoit encore deux anges dans l'attitude de la prière. (8)

La pièce à côté possède aussi une cheminée antique, mais de manière valeur que la précédente. Comme celle-ci, du reste, elle a été mutilée. (9)

Le grenier est magnifique. La charpente est en châtaignier et tous les chevrons portent ferme. Dans le toit, du côté de la Rue de la Paix et exactement au dessus de la porte principale est une lucarne en bois qui date, comme la maison, du commencement du 15ème siècle. Elle est encore au très bon état et elle est unique en son genre à Sancerre. Les caves sont très belles et très saines. (10)

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Sous ces caves sont des souterrains dont les voûtes sont visibles. Ils forment une sorte de croix et s'éloignent dans des directions différentes. Malgré leurs efforts le Sieur Mallet propriétaire de l'immeuble et le Sieur Bailly , son locataire, n'ont pu parvenu à creuser ces voûtes. La maison, ainsi qu'on le verra ci-après ayant appartenu à Jacques Cœur , il pourrait se faire que l'on trouvât là l'entrée de l'ancien souterrain qui conduirait de Sancerre à Bourges (voir au sujet du souterrain de Jacques Cœur , l'article de la Place du Marché aux Chevaux ). (12)